Depuis 2021, un indice de réparabilité note sur 10 une poignée de produits vendus en France. Depuis 2025, un indice de durabilité fait de même pour deux catégories. D'ici 2027, une quinzaine de familles supplémentaires rejoindront ce dispositif, du vélo à assistance électrique à la friteuse à air. Mais trois appareils parmi les plus gourmands en électricité sur leur durée de vie, le réfrigérateur, le four et le sèche-linge, ne figurent dans aucune de ces listes, ni aujourd'hui ni dans le calendrier annoncé. Voici ce que ces étiquettes mesurent réellement, et ce qu'elles laissent encore de côté.
Le prix affiché ne raconte qu'une partie de l'histoire
Selon une simulation du Guide Topten reprise par l'ADEME, un foyer équipé d'appareils recommandés (réfrigérateur, lave-linge, lave-vaisselle, sèche-linge, téléviseur, ordinateur portable, aspirateur et éclairage) dépense environ 2 000 euros d'électricité sur quinze ans pour faire fonctionner ces huit postes, contre 4 800 euros pour un foyer équipé de modèles peu efficaces, sur la base d'un tarif réglementé à 0,25 euro le kilowattheure. Le réfrigérateur pèse à lui seul 110 kWh par an dans la version économe contre 300 kWh dans la version énergivore ; le sèche-linge, 100 kWh contre 230 kWh. L'écart ne tient donc pas qu'au prix d'achat.
Cette part invisible du coût dépasse la seule facture d'électricité. Toujours selon l'ADEME, chaque Français a consacré en moyenne 107 euros par an à la réparation de ses équipements en 2019, contre 1 296 euros à l'achat de biens neufs, et 50 à 70 % des pannes sous garantie proviennent d'un défaut d'entretien ou d'usage plutôt que d'une défaillance du produit. Prolonger d'un an la durée d'usage de l'ensemble des appareils d'un foyer permettrait d'économiser 660 euros par an et d'éviter l'équivalent de 1 000 kilomètres parcourus en voiture thermique. Ce sont précisément ces zones d'ombre, énergie sur la durée et fiabilité mécanique, que les indices officiels tentent de mettre en chiffres.
L'indice de durabilité : deux catégories, vingt mois, toujours pas de troisième
Institué par la loi anti-gaspillage du 10 février 2020 et précisé par un décret et trois arrêtés du 5 avril 2024, l'indice de durabilité note sur 10 la fiabilité (résistance à l'usure, facilité d'entretien, garanties commerciales) et la réparabilité d'un produit, chaque bloc comptant pour la moitié de la note finale. Il s'applique aux téléviseurs depuis le 8 janvier 2025 et aux lave-linge depuis le 8 avril 2025, remplaçant pour ces deux catégories l'ancien indice de réparabilité. Vingt mois après son lancement, la page du ministère de la Transition écologique, mise à jour le 30 juin 2025, ne mentionne toujours aucune troisième catégorie à venir. Pour un acheteur de réfrigérateur, de four ou de sèche-linge, ce pictogramme en forme de sablier reste donc, à ce jour, absent du rayon.
Quinze familles de produits attendent leur note de réparabilité, pas le gros électroménager du quotidien
L'indice de réparabilité, lui, s'apprête à s'étendre largement. Il couvre depuis 2021 les ordinateurs portables, les smartphones, les aspirateurs, les lave-vaisselles et les tondeuses à gazon électriques. Une première vague d'extension, lancée en 2025, y a ajouté les vélos à assistance électrique, les sèche-cheveux, les enceintes audio et les robots culinaires. Une deuxième vague doit porter sur les fours à micro-ondes, les rasoirs et épilateurs électriques, les casques et écouteurs, ainsi que les trottinettes électriques. Une troisième, plus tardive, doit couvrir les friteuses à air, les appareils de coiffage, les vidéoprojecteurs et les climatiseurs.
Une fois ce calendrier complet, une quinzaine de familles de produits porteront une note de réparabilité, la plupart de petits appareils d'appoint. Le réfrigérateur, le four, la cuisinière et le sèche-linge, pourtant parmi les investissements les plus lourds et les plus consommateurs d'énergie du foyer, n'apparaissent dans aucune des trois vagues annoncées. Le ventilateur, absent lui aussi de toutes les listes, complète ce point aveugle.
Le droit à la réparation européen protège le frigo, mais sans rien afficher en rayon
Un règlement européen sur le droit à la réparation est entré en application le 31 juillet 2026. Il oblige les fabricants de réfrigérateurs, lave-linge, lave-vaisselles, téléviseurs, smartphones et tablettes à proposer une réparation à un prix raisonnable, y compris hors garantie, pendant une durée de cinq à dix ans selon le produit et la pièce concernée, et à publier des tarifs indicatifs des réparations les plus courantes. Choisir la réparation plutôt que le remplacement prolonge désormais la garantie légale de conformité d'un an. La transposition de ce texte dans le droit français reste toutefois en cours de finalisation.
Le réfrigérateur bénéficie donc, en coulisses, d'une garantie de disponibilité des pièces détachées qu'aucun autre texte ne lui accordait jusque-là. Mais rien de tout cela ne se traduit par une note visible au moment de l'achat, comme c'est le cas pour un téléviseur ou un lave-linge. Le four et le sèche-linge, eux, ne bénéficient ni de l'un ni de l'autre dispositif.
Une note affichée ne garantit pas un calcul vérifié
Le vide réglementaire n'est pas le seul obstacle à un coût réellement lisible. Une enquête de la DGCCRF menée en 2023 et publiée le 26 novembre 2024 a contrôlé 485 établissements fabriquant ou commercialisant de l'électroménager, portant sur plus de 9 700 modèles. Résultat : 64 % des établissements contrôlés, soit 309 sur 485, présentaient une anomalie, la plus fréquente étant l'absence de mise à disposition des paramètres de calcul de la note sur demande d'un client, dans 72 % des cas en magasin et 48 % en ligne. La campagne a débouché sur 193 avertissements, 100 injonctions, 17 procès-verbaux administratifs et 2 procès-verbaux pénaux. La note reste par ailleurs calculée et déclarée par le fabricant lui-même, sans vérification systématique avant affichage.
Ce qu'il faut retenir
Le pictogramme de durabilité ou de réparabilité, quand il existe, ne dit encore rien de la consommation d'énergie sur la durée de vie du produit : cette information reste du ressort de la seule étiquette énergie, sur une échelle et un calendrier distincts. Et pour les trois appareils qui pèsent le plus lourd dans la facture électrique cumulée d'un foyer, réfrigérateur, four et sèche-linge, aucun des deux indices ne donne aujourd'hui, ni demain selon le calendrier connu, de repère synthétique sur leur fiabilité ou leur réparabilité. En l'état, l'acheteur qui veut vraiment comparer deux réfrigérateurs sur leur coût complet doit encore croiser lui-même l'étiquette énergie, le prix affiché et, à défaut d'indice, la durée de garantie commerciale proposée par le fabricant.
Sources
ADEME, "Acheter des appareils électriques et électroniques faits pour durer", page mise à jour le 10 décembre 2025, simulation Guide Topten et synthèse d'expertise sur l'entretien des équipements domestiques : agirpourlatransition.ademe.fr
Ministère de la Transition écologique, page "Indice de durabilité", mise à jour le 30 juin 2025 : ecologie.gouv.fr
Ministère de l'Économie, "Tout savoir sur l'indice de réparabilité", DGCCRF : economie.gouv.fr
DGCCRF, enquête sur l'indice de réparabilité menée en 2023 et publiée le 26 novembre 2024, 485 établissements et plus de 9 700 modèles contrôlés : economie.gouv.fr/dgccrf
Service-public.fr, "De nouvelles règles mises en place pour favoriser la réparation de vos appareils en panne", règlement européen sur le droit à la réparation entré en application le 31 juillet 2026 : service-public.gouv.fr
Que Choisir, "L'Union européenne met le droit à la réparation des produits sur les rails" : quechoisir.org