Depuis le 8 janvier 2025, les téléviseurs vendus en France affichent un indice de durabilité, une note sur 10 qui remplace l'ancien indice de réparabilité. Les lave-linge hublot et top ont suivi le 8 avril 2025. Vingt mois plus tard, ce sont toujours les deux seules familles de produits concernées : la page officielle du ministère de la Transition écologique, actualisée le 30 juin 2025, ne mentionne aucune troisième catégorie. Pendant ce temps, un autre indice, celui de la réparabilité que la durabilité est censée remplacer, s'apprête lui à couvrir douze familles de produits supplémentaires d'ici 2027, des sèche-cheveux aux vélos à assistance électrique. Deux indices, deux calendriers, et un acheteur qui doit encore deviner, en rayon, laquelle des deux notes il a sous les yeux.
Deux catégories seulement, vingt mois après le lancement
L'indice de durabilité a été institué par la loi du 10 février 2020 relative à la lutte contre le gaspillage et pour l'économie circulaire, puis précisé par un décret et trois arrêtés datés du 5 avril 2024 et publiés au Journal officiel le 7 avril 2024. Son calcul repose sur deux familles de critères : la réparabilité (accessibilité de la documentation technique, facilité de démontage, disponibilité et prix des pièces détachées) et la fiabilité (résistance aux contraintes et à l'usure, facilité de maintenance, existence d'une garantie commerciale et d'un processus qualité). La note globale, sur 10, doit être affichée près du prix, en magasin comme en ligne, et le détail du calcul mis à disposition du client en une manipulation maximum.
Sur le papier, cet indice est plus ambitieux que celui qu'il remplace : il ne mesure plus seulement la capacité à réparer un appareil, mais sa capacité à durer. Dans les faits, il reste circonscrit aux téléviseurs et aux lave-linge, les deux catégories désignées dès l'origine par les textes de 2024. Aucun arrêté n'est venu, à ce jour, élargir son périmètre.
Douze appareils supplémentaires, mais pour l'autre indice
Le 27 mars 2025, le Commissariat général au développement durable (CGDD) a réuni le comité des parties prenantes pour annoncer le calendrier d'extension attendu depuis l'été 2024. Trois vagues de travail doivent élargir l'indice de réparabilité à douze nouvelles catégories de produits, a précisé Brice Huet, commissaire général au développement durable, selon l'association Halte à l'Obsolescence Programmée (HOP), présente à la réunion.
La première vague, lancée en 2025, concerne les vélos à assistance électrique, les sèche-cheveux, les enceintes audio et les robots culinaires. La deuxième portera sur les fours à micro-ondes, les rasoirs et épilateurs électriques, les casques audio et écouteurs, ainsi que les trottinettes électriques. La troisième, la plus tardive, doit couvrir les friteuses à air, les appareils de coiffage, les vidéoprojecteurs et les climatiseurs.
Cette extension porte un nom proche de celui affiché sur les téléviseurs et les lave-linge, ce qui entretient la confusion : il s'agit bien de l'indice de réparabilité, le système plus ancien et plus simple, pas de l'indice de durabilité. Pour un four à micro-ondes ou une enceinte connectée achetés d'ici 2027, l'acheteur pourra donc consulter une note sur la seule réparabilité de l'appareil, sans les critères de fiabilité mécanique qui caractérisent la durabilité affichée sur un téléviseur.
Smartphones : la catégorie sortie du dispositif français
L'indice de durabilité devait, à l'origine, s'appliquer aussi aux smartphones. Le projet a été définitivement abandonné après un avis défavorable de la Commission européenne, qui a jugé le dispositif français redondant avec le règlement européen 2023/1669 sur l'étiquetage énergétique des smartphones et tablettes, entré en vigueur le 20 juin 2025, selon l'Institut National de la Consommation (INC). Ce texte européen impose sa propre notation sur des critères proches (longévité, résistance, efficacité énergétique, protection contre la poussière et l'eau, résistance aux chutes) et intègre un indice de réparabilité propre au smartphone.
HOP a toutefois relevé une différence de taille lors de la réunion du 27 mars 2025 : l'indice européen ne prend pas en compte le prix des pièces détachées, un critère que l'indice français aurait intégré. L'association y voit un recul d'ambition, la France perdant la main sur un critère qu'elle jugeait central.
Ce que valent les notes affichées : ce que montrent les contrôles
Reste la question de la fiabilité des notes elles-mêmes, puisqu'elles sont calculées par les fabricants et non par un laboratoire indépendant. La DGCCRF a rendu publics, le 26 novembre 2024, les résultats de sa campagne de contrôle menée en 2023 sur l'indice de réparabilité : 485 établissements ont été contrôlés, portant sur plus de 9 700 modèles d'appareils. Chez 64 % d'entre eux, des anomalies ont été relevées, la plus fréquente étant l'absence de mise à disposition des paramètres ayant servi à calculer l'indice (72 % des anomalies en magasin physique, 48 % en ligne). Ces contrôles ont débouché sur 193 avertissements, 100 injonctions, 17 procès-verbaux administratifs et deux procès-verbaux pénaux ; la DGCCRF note que la plupart des professionnels se sont mis en conformité rapidement, parfois pendant le contrôle lui-même.
Selon HOP, qui cite le rapport d'activité 2024 de la DGCCRF, la moitié des établissements contrôlés présentaient encore un défaut d'affichage ou d'information sur le calcul de l'indice. L'association signale par ailleurs que la DGCCRF a engagé, en parallèle, des contrôles portant cette fois sur la loyauté des notes elles-mêmes, c'est-à-dire sur leur exactitude et non plus seulement sur leur affichage. Cette vérification du contenu des notes, distincte du contrôle de leur simple présence en rayon, reste la plus récente des deux et la moins documentée publiquement à ce stade.
Ce qu'il faut retenir
Un acheteur qui compare aujourd'hui deux téléviseurs ou deux lave-linge dispose d'une note de durabilité construite sur des critères de réparabilité et de fiabilité mécanique, un progrès de méthode réel par rapport à l'ancien système. Pour tout autre appareil, y compris les catégories qui rejoindront un indice d'ici 2027, c'est l'indice de réparabilité, plus ancien et plus étroit, qui s'appliquera, et seulement une fois l'arrêté de sa catégorie publié. Aucune des deux notes n'est aujourd'hui vérifiée avant affichage : les contrôles connus portent sur la présence de l'étiquette et la mise à disposition du détail de calcul, pas sur l'exactitude du chiffre lui-même, dont la vérification vient tout juste de commencer. La note reste donc un point de départ utile pour comparer deux modèles entre eux, à condition de savoir laquelle des deux notes on regarde, et non un verdict sur la longévité réelle de l'appareil.
Sources
Ministère de la Transition écologique, « Indice de durabilité » (publié le 9 avril 2024, mis à jour le 30 juin 2025) : cadre légal, méthode de calcul, catégories concernées et textes réglementaires.
economie.gouv.fr, « Tout savoir sur l'indice de durabilité » (écrit le 8 avril 2025) : critères de notation et obligations d'affichage pour le consommateur.
Institut National de la Consommation, « L'indice de durabilité : des appareils évalués entre réparabilité, fiabilité et amélioration » (6 février 2025) : sortie des smartphones du dispositif français et règlement européen 2023/1669.
Halte à l'Obsolescence Programmée, « Les travaux pour étendre l'indice de réparabilité à de nouveaux produits sont lancés » (28 mars 2025) : calendrier des trois vagues d'extension à douze catégories, position sur l'indice européen et sur les contrôles DGCCRF.
DGCCRF, « Un indice de réparabilité encore imparfaitement établi chez les professionnels contrôlés » (26 novembre 2024) : résultats détaillés de la campagne de contrôle 2023, échantillon et sanctions.