Une réduction de 40 % affichée en vitrine pendant les soldes d'été ne dit rien, à elle seule, du prix qu'un lave-linge ou un réfrigérateur valait vraiment un mois plus tôt. C'est pourtant sur cette base que la loi française encadre les rabais : le prix de référence doit correspondre au prix le plus bas pratiqué au cours des trente jours précédant l'offre, selon l'article L112-1-1 du code de la consommation, issu de l'ordonnance du 22 décembre 2021 transposant la directive européenne dite Omnibus. Sur le terrain, cette règle reste largement contournée : dans son dernier bilan de contrôle sur les soldes, la DGCCRF relève un taux d'anomalies de 25 % sur près de 800 commerçants contrôlés, portant notamment sur ce prix de référence et sur des annonces de réduction trompeuses.
Pendant ce temps, une autre baisse de prix, réelle celle-là, s'est produite sur le marché de l'électroménager en 2025, sans lien avec les soldes.
Précaution de lecture : les chiffres sur les rabais fictifs cités plus bas portent sur le commerce en ligne toutes catégories confondues, pas spécifiquement sur l'électroménager, et datent de 2023, date du dernier contrôle rendu public sur ce sujet précis. Les chiffres sur le marché de l'électroménager, eux, sont propres au secteur et portent sur l'année 2025.
Un quart des contrôles de soldes repère une anomalie sur le prix
Le mécanisme du prix de référence gonflé est documenté au-delà du seul secteur de l'électroménager. Une analyse de l'UFC-Que Choisir publiée le 31 mai 2023 a passé au crible 13 096 offres sur huit sites généralistes (Amazon, ASOS, Cdiscount, E.Leclerc, La Redoute, Rue du Commerce, Veepee et Zalando), dont 6 586 comportaient un prix de référence affiché. Résultat : seules 3,4 % des réductions respectaient la réglementation Omnibus. Sur les offres non conformes, la remise affichée atteignait en moyenne 26,5 %, contre 6 % de baisse réelle mesurée sur les offres conformes. Un rabais affiché à 40 % pendant les soldes n'est donc, statistiquement, pas la norme d'une vraie économie mais l'exception.
Concrètement, sur un lave-vaisselle ou un four affiché à moitié prix pendant les soldes, il y a de bonnes chances que le prix barré ait été relevé juste avant l'opération plutôt que représenter un prix réellement pratiqué un mois plus tôt. Les sanctions existent, avec une amende minimale de 15 000 euros pour la vente de produits soldés absents des rayons depuis moins d'un mois, et jusqu'à 75 000 euros pour d'autres infractions, mais elles supposent un contrôle, qui ne couvre qu'une fraction des points de vente chaque année.
Le prix moyen du gros électroménager a reculé de 4,5 % en 2025
Sur le marché français de l'électroménager, l'année 2025 a bien été marquée par une baisse de prix, documentée cette fois par le secteur lui-même. Selon le bilan 2025 du Gifam, l'organisation professionnelle des fabricants d'appareils pour la maison, réalisé avec NielsenIQ-GfK, le marché du gros électroménager (lave-linge, réfrigérateurs, fours, lave-vaisselle) est resté stable en volume avec 14,5 millions d'appareils vendus, mais a reculé de 4,5 % en valeur, à 5,38 milliards d'euros. Le prix moyen d'un appareil est ainsi passé de 387 euros en 2024 à 372 euros en 2025, selon les chiffres présentés lors de la publication du bilan et rapportés par Neomag, média professionnel de la distribution spécialisée.
Ce recul n'est pas uniforme : le Gifam le relie directement à la conjoncture du marché immobilier, quatre appareils de gros électroménager sur dix étant achetés à l'occasion d'une installation dans un nouveau logement. Le repli de la construction neuve et des transactions dans l'ancien depuis 2023 pèse plus fortement sur l'intégrable, en baisse de 7,3 % en valeur, que sur la pose libre, en baisse de 2,8 %.
Une baisse structurelle, pas un effet des soldes
Les données du Gifam sont sans ambiguïté sur ce point : la baisse du prix moyen ne se joue pas sur les deux périodes de soldes annuelles mais sur l'ensemble de l'année, et elle est attribuée par l'organisation professionnelle à des arbitrages de fond des ménages, pas à une intensification des promotions. Un marché immobilier ralenti, qui réduit le nombre de foyers en situation d'équiper un logement neuf, et un climat d'épargne de précaution qui pousse vers des modèles moins chers plutôt que vers la montée en gamme : ces deux mécanismes jouent sur toute l'année civile, indépendamment du calendrier commercial de janvier et de juillet.
Les deux baisses de prix évoquées dans cet article ne se recoupent donc pas. La première, celle des soldes, est ponctuelle et statistiquement suspecte une fois sur quatre selon les contrôles publics. La seconde, celle du marché, est étalée sur toute l'année et tient à ce que les Français achètent, pas à quand ils achètent.
Acheter moins cher, mais moins durable : ce que montre l'écart entre marques
Le même bilan du Gifam apporte un chiffre qui éclaire un autre enjeu, celui de la durée de vie du parc d'appareils. Sur les lave-linge, les modèles des fabricants historiques membres du Gifam affichent une note moyenne de 8,5 sur 10 à l'indice de durabilité, contre 7,3 sur 10 pour les produits vendus sous marque de distributeur. Un écart de plus d'un point sur un indice qui, depuis 2025, remplace l'indice de réparabilité pour les lave-linge et les téléviseurs, et qui mesure la capacité d'un appareil à durer et à être entretenu, pas seulement à être réparé.
Le Gifam constate par ailleurs que la recherche de durabilité progresse chez une partie des acheteurs : les ventes de lave-vaisselle notés au-dessus de 8,1 sur 10 représentent 51 % du marché en 2025, contre 37 % en 2024, et celles d'aspirateurs 52 %, contre 46 % un an plus tôt. Le marché se polarise donc entre deux logiques d'achat qui progressent en même temps, l'une vers des appareils mieux notés en durabilité, l'autre vers des modèles moins chers et en moyenne moins durables. Un achat déclenché par un rabais dont le caractère réel n'a pas été vérifié, sur un modèle choisi pour son prix plutôt que pour sa note de durabilité, cumule les deux logiques les moins favorables à la durée de vie du parc d'appareils, sans que rien dans le prix affiché en vitrine ne le signale à l'acheteur.
Vérifier une remise avant d'acheter pendant les soldes
Face à cette confusion entre baisse réelle et rabais d'affichage, la parade reste celle prescrite par la réglementation elle-même : comparer le prix soldé non pas au prix barré fourni par le vendeur, mais au prix constaté ailleurs dans les trente jours qui précèdent l'opération. Les comparateurs de prix et les historiques disponibles sur certaines fiches produits en ligne permettent cette vérification en quelques minutes, sur un appareil dont le prix n'a généralement pas bougé de plus de quelques pourcents en un mois. Un rabais qui ne se vérifie pas de cette façon se traite comme un prix normal habillé en promotion, pas comme une occasion à saisir avant qu'elle ne disparaisse.
Cette vérification compte d'autant plus que le besoin réel de remplacement, lui, ne suit pas le calendrier des soldes. Un appareil qui fonctionne encore n'a pas de raison objective d'être changé parce qu'une enseigne annonce une remise en janvier ou en juillet : la seule économie garantie, dans ce cas, est celle de ne rien acheter.
Ce qu'il faut retenir
La baisse du prix moyen de l'électroménager en 2025 est réelle, mesurée à 4,5 % en valeur sur le gros électroménager par le Gifam, mais elle est structurelle et étalée sur l'année, sans lien démontré avec les périodes de soldes. À l'inverse, le rabais affiché pendant les soldes reste statistiquement fragile, avec une anomalie détectée dans un contrôle sur quatre selon la DGCCRF. Un angle mort subsiste et mériterait d'être mesuré précisément pour l'électroménager en particulier : aucune étude publique récente ne quantifie, pour ce secteur seul, la part des remises de soldes réellement conformes au prix de référence légal, la dernière analyse disponible portant sur le commerce en ligne toutes catégories confondues.
Sources
DGCCRF, communiqué de presse sur les contrôles des soldes, 28 juin 2023, près de 800 commerçants contrôlés sur 2022 et l'hiver 2023, taux d'anomalies de 25 %. Lire le communiqué.
UFC-Que Choisir, analyse de 13 096 offres sur 8 sites de commerce en ligne généralistes, 31 mai 2023, 3,4 % des réductions conformes à la réglementation Omnibus. Lire l'analyse.
Ministère de l'Économie, réglementation applicable au prix de référence pendant les soldes, code de la consommation et code de commerce. Consulter la page officielle.
Gifam et NielsenIQ-GfK, bilan 2025 du marché français de l'électroménager, publié le 12 février 2026, marché du gros électroménager à 5,38 milliards d'euros et 14,5 millions d'appareils, indice de durabilité des lave-linge par type de marque. Lire le bilan complet.
Neomag, compte rendu de la présentation du bilan 2025 du Gifam et NielsenIQ-GfK, prix moyen de l'appareil de gros électroménager. Lire l'article.