2026 devait être l'année où la France passerait un cap : un taux de réparation des appareils électriques et électroniques porté à 60 %, contre 40 % au lancement du dispositif en 2021. C'est l'objectif fixé par l'Ademe au moment de créer l'indice de réparabilité, cinq ans avant l'échéance. Cette année arrive, et la mesure la plus récente du comportement réel des Français, celle de l'étude Ademe et Gifam Insights menée sur le terrain en 2024, situe la réparation à 36 % des cas quand un incident survient sur un produit, contre 41 % pour le remplacement. Le compte n'est pas bon, alors même que l'indice a bel et bien changé quelque chose : ce que les Français mettent dans leur caddie, pas ce qu'ils font de leur appareil une fois qu'il tombe en panne.
Cette étude élargit son périmètre à 57 catégories de produits (électroménager, sport, jardin, ameublement) là où les éditions précédentes, en 2014 et 2019, se concentraient sur l'électroménager et l'électronique. La comparaison avec le chiffre de 2021, propre à ces deux seules familles de produits, reste donc indicative plutôt que rigoureuse. Elle pointe néanmoins dans le même sens que les données de filière : cinq ans après la loi anti-gaspillage, la réparation progresse à peine plus vite que l'inertie du marché.
2021-2026 : la promesse d'un doublement du taux de réparation
L'indice de réparabilité est né avec un chiffre de départ précis : en 2021, seuls 40 % des produits électriques et électroniques en panne étaient réparés, le reste finissant remplacé ou laissé de côté. Le gouvernement s'est donné cinq ans pour porter ce taux à 60 %, en misant sur la note affichée en magasin (documentation technique, démontabilité, disponibilité et prix des pièces détachées) pour orienter à la fois les achats des consommateurs et l'écoconception des fabricants. Depuis, l'indice de durabilité a pris le relais sur les téléviseurs et les lave-linge, avec des critères de fiabilité en plus, tandis que lave-vaisselle, aspirateurs, ordinateurs portables, tondeuses et nettoyeurs haute pression restent sous indice de réparabilité.
Ce que mesure 2026 : un chiffre proche du point de départ
Sur le terrain, en 2024, l'Ademe a interrogé plus de 10 000 Français sur plus de 36 000 produits. Résultat : 90 % déclarent avoir eu un problème avec un objet au cours des deux dernières années, mais ce problème n'a été réglé par une réparation que dans 36 % des cas. Le remplacement, lui, recule nettement : il ne concerne plus que 41 % des incidents, treize points de moins qu'en 2019. L'écart ne se comble donc pas franchement vers la réparation : une partie grandissante des Français garde tout simplement l'appareil abîmé ou en fait autre chose. Quand la réparation a lieu, elle passe d'abord par l'autoréparation (71 % des cas de recours à une solution, contre 36 % pour un réparateur indépendant), et le taux de satisfaction, quand elle aboutit, atteint 96 %.
Ce que les Français achètent a changé, pas ce qu'ils réparent
Le paradoxe se voit le mieux au moment de l'achat. Selon le bilan 2025 du Gifam, réalisé avec NielsenIQ-GfK sur les 75,8 millions d'appareils électroménagers vendus en France cette année-là, les produits affichant un indice supérieur à 8,1 sur 10 représentent désormais 51 % des ventes de lave-vaisselle, contre 37 % un an plus tôt, et 52 % des ventes d'aspirateurs, contre 46 % en 2024. La réparabilité pèse donc de plus en plus dans la décision d'achat, et les marques du Gifam affichent en moyenne 8,5 sur 10 sur les lave-linge, contre 7,3 pour les marques de distributeurs. Mais ce basculement à l'achat ne se traduit pas, pour l'instant, par davantage de réparations effectives une fois l'appareil en panne : les deux comportements progressent sur des rythmes complètement différents.
L'indice a en revanche changé la perception du sujet. D'après une enquête Ademe de 2025, 62 % des Français connaissent l'indice de réparabilité, 71 % de ceux qui le connaissent le jugent fiable, et 68 % estiment qu'il pèsera de façon importante, voire déterminante, sur leurs achats futurs. Une étude de la Direction interministérielle de la transformation publique, menée deux ans après le lancement de l'indice, avait déjà relevé une hausse des notes moyennes affichées : douze points sur les smartphones entre janvier 2021 et décembre 2022, neuf points sur les téléviseurs, quatre sur les lave-linge hublot. Les fabricants ont donc bien réagi à la note. Les consommateurs, eux, réagissent surtout au moment de choisir un modèle neuf, pas au moment où le leur tombe en panne.
Le prix, toujours le vrai verrou au moment de la panne
Le premier critère qui fait pencher la balance reste le coût. L'étude Ademe et Gifam Insights confirme un seuil déjà identifié en 2019 : au-delà de 30 % du prix d'un appareil neuf équivalent, la réparation est abandonnée, et une deuxième limite s'ajoute désormais autour de 100 euros de facture, quel que soit le prix d'achat initial du produit. Le bonus réparation, versé auprès des professionnels labellisés QualiRépar, doit justement faire baisser ce seuil : chez ecosystem, l'un des deux éco-organismes qui le distribuent, le montant moyen versé en 2025 s'élève à 35,7 euros par intervention, pour une note de satisfaction de 4,71 sur 5. De quoi alléger la facture, mais rarement de quoi faire basculer, seul, la décision sur les appareils les plus chers.
Ce qu'il faut retenir
Cinq ans après le lancement de l'indice de réparabilité, l'objectif des 60 % de taux de réparation n'est pas atteint : les données disponibles les plus récentes situent le comportement réel autour de 36 %, avec un périmètre de mesure élargi qui interdit une comparaison parfaitement exacte avec le point de départ de 2021. Ce qui a bougé, en revanche, c'est le poids de la réparabilité dans l'acte d'achat, mesurable et net sur les lave-vaisselle et les aspirateurs. Aucune donnée publique récente ne permet aujourd'hui de savoir, catégorie par catégorie, si les appareils les mieux notés à l'achat sont ensuite réellement davantage réparés une fois en panne : c'est l'angle mort que les prochaines éditions de l'étude Ademe et Gifam Insights, ou un futur bilan du bonus réparation, devraient permettre de combler.
Sources
Ademe, magazine de juin 2021, Le nouvel indice de réparabilité : baseline de 40 % de taux de réparation en 2021 et objectif de 60 % à horizon cinq ans. infos.ademe.fr
Ministère de la Transition écologique, page Indice de réparabilité, mise à jour le 8 juillet 2025 : catégories concernées, méthode de calcul, articulation avec l'indice de durabilité. ecologie.gouv.fr
Ademe et Gifam Insights, étude Perception et pratiques des Français en matière de réparation en 2024, terrain 2024 publié en avril 2025, plus de 10 000 répondants et 36 000 produits sur 57 catégories : taux de réparation de 36 %, seuils de prix, autoréparation. infos.ademe.fr
Gifam et NielsenIQ-GfK, Bilan 2025 de l'électroménager, publié le 12 février 2026 : 75,8 millions d'appareils vendus en France en 2025, part des ventes à indice de réparabilité supérieur à 8,1 sur 10 par catégorie. gifam.fr
Ademe, entretien d'Anne-Charlotte Bonjean, ADEME Infos, octobre 2025 : notoriété et confiance des Français dans l'indice, évolution des notes moyennes mesurée par la DITP en 2023. infos.ademe.fr
ecosystem, éco-organisme agréé, chiffres clés 2025 : montant moyen et volume du bonus réparation versé par ecosystem. decouvrir.ecosystem.eco