Depuis le 8 janvier 2025 pour les téléviseurs et le 8 avril pour les lave-linge, un nouveau chiffre accompagne le prix en rayon : l'indice de durabilité, noté sur 10. Il remplace l'indice de réparabilité et promet d'aller plus loin, en ajoutant la fiabilité mécanique à la seule facilité de démontage. Sur le papier, le calcul est d'une précision presque comptable : selon la fiche pratique publiée par la DGCCRF, la réparabilité pèse pour un coefficient de 5 sur 10, répartis à parts égales entre documentation technique, démontabilité, disponibilité et prix des pièces détachées, tandis que la fiabilité pèse également 5 points, répartis entre résistance aux contraintes, maintenance et durée de garantie.
Cette précision affichée masque une réalité plus simple : c'est le fabricant qui calcule sa propre note, selon la méthode réglementaire, avant de la publier. La DGCCRF contrôle par sondage, sanctionne les manquements et vient d'ouvrir en mars 2026 une campagne élargie aux deux indices. Or ses propres travaux jettent un doute sur la fiabilité du système qu'elle défend.
Un rapport d'ingénieurs remis à l'administration entre septembre 2024 et février 2025, construit sur une vingtaine d'entretiens, l'analyse de plus de 700 signalements de consommateurs et un questionnaire adressé à des professionnels de la réparation, indique qu'un tiers de ces professionnels dit avoir été confronté à des pratiques frauduleuses concernant l'indice de réparabilité, et que près de 60% d'entre eux jugent certaines notes parfois surévaluées. La taille exacte de cet échantillon de réparateurs n'est pas précisée dans les documents publiés, ce qui invite à lire ces deux chiffres comme un indicateur de tendance chez les professionnels du secteur plutôt que comme une mesure exhaustive du marché.
Une note sur 10, mais construite par qui ?
Le détail de la pondération vaut d'être connu, parce qu'il dit où regarder au-delà du chiffre global. Sur le versant réparabilité : documentation technique, démontabilité, disponibilité des pièces et prix des pièces comptent chacun pour 2,5 points. Sur le versant fiabilité : la résistance aux contraintes et à l'usure pèse 5 points à elle seule, la facilité de maintenance 4 points, et la durée de garantie commerciale seulement 1 point. Un appareil peut donc afficher une bonne note de fiabilité essentiellement grâce à sa résistance mécanique déclarée, sans que sa garantie commerciale ne soit particulièrement généreuse.
Le cadre légal de cette notation remonte à la loi du 10 février 2020 relative à la lutte contre le gaspillage, précisée par le décret n°2024-316 et trois arrêtés du 5 avril 2024. Ce sont ces textes, et non un laboratoire indépendant, qui définissent la formule que chaque fabricant applique à ses propres références.
Des contrôles qui commencent à peine à mordre
La vérification indépendante existe, mais elle reste a posteriori et par échantillonnage. Sur l'indice de réparabilité, prédécesseur direct du système actuel, une enquête de la DGCCRF menée en 2024 avait déjà relevé des manquements chez plus de 30% des professionnels contrôlés, débouchant sur plus de 140 avertissements, une centaine d'injonctions et 26 amendes administratives. Les sanctions peuvent atteindre 3 000 euros par manquement pour une personne physique et 15 000 euros pour une personne morale.
La campagne ouverte en mars 2026 étend cette surveillance à l'indice de durabilité et sollicite directement les réparateurs de terrain : indice absent, documentation technique inaccessible, délais de livraison de pièces excessifs ou notes de robustesse jugées trop généreuses. La DGCCRF précise elle-même que recevoir un signalement n'entraîne pas automatiquement un contrôle, ce qui limite la portée immédiate de cet appel.
Ce que l'indice ne couvre pas encore
Deux familles d'appareils sont concernées depuis 2025 : téléviseurs et lave-linge, hublot comme top. Pour ces derniers, le seuil de résistance testé correspond à une fourchette de 1 400 à 3 400 cycles, soit, à raison de trois lavages par semaine, une durée de vie théorique de 9 à 22 ans selon le modèle.
Les smartphones, catégorie la plus commentée lors du lancement de l'ancien indice de réparabilité, ont quitté le dispositif français en juin 2025 : la Commission européenne a retenu à la place une étiquette énergétique harmonisée, plus simple et jugée moins ambitieuse par les associations de consommateurs, dont l'association Halte à l'Obsolescence Programmée. Selon les textes en préparation, quatre nouvelles familles doivent rejoindre l'indice de durabilité en 2026 : vélos à assistance électrique, robots de cuisine, appareils de coiffage soufflant et enceintes audio, avec une entrée en vigueur prévue environ six mois après la publication de chaque arrêté. Le petit électroménager de cuisine, très présent dans les achats de rentrée, reste donc pour l'instant un angle mort de la notation.
Ce que la loi garantit, note fiable ou non
Indépendamment de la note affichée, un socle réglementaire s'applique déjà à l'échelle européenne : les fabricants doivent garantir la disponibilité des pièces détachées pendant sept ans minimum après l'arrêt de commercialisation pour les appareils de réfrigération, et dix ans pour lave-linge, sèche-linge et lave-vaisselle, avec une livraison sous quinze jours en France. Le Centre Européen des Consommateurs France rappelle par ailleurs qu'un bonus réparation, compris entre 15 et 60 euros selon l'appareil et couvrant 73 équipements éligibles, s'applique au moment de la facture, et qu'une réparation choisie plutôt qu'un remplacement prolonge la garantie commerciale de six mois.
Ces protections ne dépendent d'aucune auto-déclaration : elles sont pour l'acheteur des repères plus solides, à court terme, que la note globale sur 10.
Ce qu'il faut retenir
L'indice de durabilité représente un progrès de méthode par rapport à l'indice de réparabilité qu'il remplace, puisqu'il ajoute la fiabilité mécanique à la seule démontabilité. Mais la précision du calcul, décomposé au demi-point près, ne doit pas être confondue avec une garantie de fiabilité de la note elle-même : celle-ci reste calculée par le fabricant et vérifiée par sondage, et l'administration qui la défend documente elle-même des doutes exprimés par les professionnels de la réparation.
Pour un achat concret, mieux vaut donc traiter la note globale comme un premier tri plutôt qu'un verdict, et regarder en priorité les sous-critères réparabilité, notamment la disponibilité et le prix des pièces détachées, qui recoupent des obligations légales indépendantes de l'auto-déclaration. Ce que le dispositif ne dit pas encore, c'est comment sera contrôlée la vague de nouvelles catégories annoncée pour 2026, à moyens de contrôle DGCCRF inchangés.
Sources
Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF), fiche pratique sur l'indice de durabilité : définition, pondération des critères, cadre légal. economie.gouv.fr
DGCCRF, actualité du 5 mars 2026 sur la campagne de contrôle 2026 étendue aux indices de réparabilité et de durabilité, citant le rapport d'ingénieurs des Ponts, des eaux et des forêts (septembre 2024 à février 2025). economie.gouv.fr
Recy.net, déploiement 2026 de l'indice de durabilité en France : catégories à venir, sortie des smartphones du dispositif national, seuils de cycles pour les lave-linge, bilan des contrôles 2024 sur l'indice de réparabilité. recy.net
Kaizen Magazine, analyse critique du nouvel indice de durabilité et position de l'association Halte à l'Obsolescence Programmée sur son périmètre. kaizen-magazine.com
ADEME Infos, rôle de l'agence dans l'expertise et l'information des consommateurs sur l'indice de durabilité. infos.ademe.fr
Centre Européen des Consommateurs France, obligations européennes sur la disponibilité des pièces détachées et dispositifs français d'aide à la réparation. europe-consommateurs.eu
Electroguide, présentation grand public de l'indice de durabilité et de son calendrier d'entrée en vigueur. electroguide.com