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Brandt : ce que CAFOM a racheté pour 18,6 millions d'euros (et ce qu'il n'a pas racheté)

Brandt : ce que CAFOM a racheté pour 18,6 millions d'euros (et ce qu'il n'a pas racheté)

Akim Benarfa
Akim Benarfa
Rédacteur de guides d'achat
8 août 2026 13 min de lecture
Le 11 décembre 2025, le groupe Brandt était liquidé et environ 700 emplois supprimés. En mars 2026, CAFOM a racheté les marques Brandt, De Dietrich, Sauter et Vedette pour 18,6 millions d'euros, sans aucun salarié ni site industriel. Ce dossier établit ce qui a été vendu, ce qui ne l'a pas été, et ce que cela change concrètement pour les propriétaires d'appareils.
Brandt : ce que CAFOM a racheté pour 18,6 millions d'euros (et ce qu'il n'a pas racheté)

Le 11 décembre 2025, le tribunal des activités économiques de Nanterre a prononcé la liquidation judiciaire du groupe Brandt. Environ 700 emplois ont été supprimés, deux usines arrêtées. Trois mois plus tard, mi-mars 2026, le groupe CAFOM était retenu pour reprendre les quatre marques du groupe — Brandt, De Dietrich, Sauter et Vedette — pour 18,6 millions d'euros. Aucun salarié, aucun site industriel dans le périmètre.

C'est ce décalage qui fait l'objet de ce dossier. Ce qui a été racheté n'est pas une entreprise : c'est un portefeuille de noms. Nous avons repris les pièces du dossier — jugements, comptes déposés, communiqués de l'acquéreur, statistiques du Gifam — pour établir ce qui est vendu, ce qui ne l'est pas, et ce que cela change pour qui possède aujourd'hui un appareil portant l'une de ces quatre marques.

Le dossier Brandt en cinq chiffres

1684 première forge De Dietrich en Alsace ~700 emplois supprimés le 11 décembre 2025 36 offres déposées, aucune offre industrielle retenue 18,6 M€ payés par CAFOM pour les marques, brevets et stocks 0 salarié repris et 0 site industriel dans la cession
Sources : jugements du tribunal des activités économiques de Nanterre (1er octobre et 11 décembre 2025), communiqués du groupe CAFOM des 16 mars et 30 juin 2026, dépêches AFP. Graphique réalisé par appareils-menagers.net — réutilisation libre avec lien vers cette page.

Quatre marques, trois siècles, un seul propriétaire

Les quatre marques n'ont ni le même âge, ni le même métier, ni le même avenir. De Dietrich remonte à une forge alsacienne de 1684 ; Brandt naît en 1924 des établissements d'Edgar Brandt ; Vedette présente sa première machine à laver à la Foire de Paris en 1947. Pour Sauter, les sources divergent : la marque tire son nom de l'inventeur suisse Frédéric Sauter et ses origines se situent au début du XXe siècle, sans qu'une date unique fasse consensus.

MarqueOrigineMétier historiqueSituation en août 2026
De Dietrich1684, forge de Jaegerthal (Bas-Rhin)Cuisson encastrable haut de gammeMarque CAFOM. Les tables à induction doivent être fabriquées en France par Arpa Cooking (Niedermodern, Bas-Rhin), pour une commercialisation annoncée d'ici fin 2026
Brandt1924, établissements Edgar BrandtMarque généraliste du groupeMarque CAFOM. Aucun contrat de licence annoncé à ce jour
Vedette1947, première machine à laver présentée à la Foire de ParisLavageMarque CAFOM. Aucun contrat de licence annoncé à ce jour ; CAFOM cite la start-up bretonne EverEver comme partenaire sur une future gamme de lavage, sans préciser la marque
SauterDébut du XXe siècle, du nom de l'inventeur suisse Frédéric SauterCuisson encastrableSous licence exclusive du groupe polonais Amica depuis le 29 juin 2026, pour la France métropolitaine (hors Outre-mer)

Deux confusions à éviter. De Dietrich chauffage (chaudières, pompes à chaleur) n'a jamais appartenu au groupe Brandt : cette activité relève de BDR Thermea. Et la marque Sauter chauffage (chauffe-eau, radiateurs) appartient au groupe Atlantic depuis 1986. Deux noms, deux propriétaires distincts, dans les deux cas. Si vous cherchez à savoir qui détient réellement les marques que vous croisez en magasin, notre TOP 50 des marques d'électroménager et de leurs groupes propriétaires détaille la cartographie complète.

Ce que CAFOM a acheté, et ce qu'il n'a pas acheté

Le tribunal a statué le 13 mars 2026 ; CAFOM a communiqué sa sélection le 16 mars. Le prix de cession est de 18,6 millions d'euros, auxquels s'ajoutent 3,5 millions d'euros de paiement direct de créanciers garantis destinés à réduire le passif, soit 22,1 millions d'euros au total. L'Autorité de la concurrence a autorisé l'opération par une décision du 6 mai 2026, date du closing effectif. Les marques sont portées par Héritage Brandt, société créée par CAFOM pour gérer ce portefeuille et signer les contrats de licence.

Ce que 18,6 M€ ont acheté — et ce qu'ils n'ont pas acheté

COMPRIS DANS LA CESSION HORS CESSION • Les 4 marques : Brandt, De Dietrich, Sauter, Vedette • Les brevets • Les stocks de produits finis • Les pièces de rechange • Les consommables et matériels du SAV • L'usine de Saint-Jean-de-la-Ruelle (45) fours et tables à induction, ~350 salariés • L'usine de Vendôme (41) fours à micro-ondes, ~90 salariés • Le site logistique et SAV de Saint-Ouen-l'Aumône (95) • Les ~700 salariés et le siège de Rueil
Périmètre issu du communiqué CAFOM du 16 mars 2026 et des jugements du tribunal des activités économiques de Nanterre. Effectifs par site : presse spécialisée et registre du commerce. Graphique réalisé par appareils-menagers.net — réutilisation libre avec lien vers cette page.

CAFOM n'est pas un industriel. Le groupe — dont le nom signifie Centrale d'Achat Française pour l'Outre-Mer — exploite en franchise les enseignes BUT et Darty aux Antilles et en Guyane, et détient le site de vente en ligne Vente-unique.com. Son modèle, appliqué à Brandt, consiste à confier la fabrication à des partenaires : Arpa Cooking pour la cuisson en France, Amica sous licence pour Sauter, EverEver pour une future gamme de lavage, SOS Accessoire pour les pièces détachées. Les premiers produits sont annoncés pour septembre-octobre 2026.

La nuance est importante et souvent mal rapportée : le contrat signé avec Amica est bien une licence de marque, tandis qu'Arpa est présenté comme un partenaire industriel fabriquant pour le compte de CAFOM — les marques restant chez Héritage Brandt.

Soixante ans de propriétaires successifs

La liquidation de 2025 n'est pas un accident isolé : c'est le terme d'une longue série de changements de main. L'électroménager Brandt a appartenu successivement à un groupe français, italien, israélien, espagnol puis algérien, avant que ses seules marques ne reviennent à un groupe français en 2026. En soixante ans, cinq propriétaires — et deux liquidations en onze ans.

Les propriétaires successifs de l'électroménager Brandt, 1966-2026

2014 2025 Thomson-Brandt · France El.Fi · Italie Elco · Israël Fagor · Espagne Cevital · Algérie CAFOM · France 26 ans 9 ans 4 ans 9 ans 11 ans marques seules, depuis 2026 1966 1980 2000 2020
Les deux traits rouges marquent les deux dépôts de bilan : celui de Fagor Electrodomésticos (novembre 2013, reprise par Cevital en avril 2014) et la liquidation de Brandt (11 décembre 2025). La date de rachat par El.Fi (1992) et celle de la reprise par Elco (fin 2001, parfois datée 2002) sont les moins documentées de la série. Graphique réalisé par appareils-menagers.net — réutilisation libre avec lien vers cette page.

Le précédent de 2014 éclaire celui de 2025. À la faillite de la coopérative basque Fagor Electrodomésticos, quatre offres avaient été déposées sur FagorBrandt. Cevital, le groupe de l'homme d'affaires algérien Issad Rebrab, avait emporté le dossier avec l'offre la plus complète : quatre sites sur six, environ 1 200 emplois préservés sur 1 800, les marques payées 25 millions d'euros et un engagement d'investissement de 200 millions d'euros. Onze ans plus tard, il ne restait que deux usines et 700 salariés.

Ce que disent les comptes, et ce que dit le marché

Lors de son centenaire, en janvier 2025, le groupe communiquait sur un chiffre d'affaires de 260 millions d'euros. Les derniers comptes déposés au greffe pour Brandt France, portant sur l'exercice 2023, indiquent 236 millions d'euros de chiffre d'affaires, un résultat net de −17,9 millions d'euros et des capitaux propres négatifs de −16,7 millions d'euros. Autrement dit, la situation était déjà compromise deux ans avant le redressement judiciaire du 1er octobre 2025.

Le groupe avait par ailleurs bénéficié de deux prêts du Fonds de développement économique et social, de 10 puis 47,5 millions d'euros, que la Commission européenne a qualifiés d'aides d'État dans sa décision (UE) 2016/1092.

Le contexte de marché n'a rien arrangé. En 2025, le gros électroménager a représenté 5,38 milliards d'euros en France, en recul de 4,5 % en valeur pour 14,5 millions d'appareils vendus — un volume stable, donc une baisse des prix moyens. Surtout, le segment de la cuisson a reculé de 8,1 % : c'est très exactement le cœur de métier des deux usines françaises. Nous détaillons ces équilibres dans notre dossier sur le poids respectif du petit et du gros électroménager en 2025.

La cause principale est extérieure au secteur. Laurent Cours, directeur des statistiques et des études du Gifam, l'a chiffrée lors de la présentation du bilan annuel en février 2026 : « il manque un peu plus de 200 000 logements neufs qui n'ont pas été construits depuis trois ans ». Comptés à quatre gros appareils par cuisine équipée, cela représente, selon lui, 800 000 à un million d'appareils qui n'ont pas trouvé preneur.

Les offres écartées

Trente-six offres de reprise ont été déposées. Aucune offre industrielle n'a été retenue, et c'est le point le plus discuté du dossier.

Fin novembre 2025, un projet de SCOP soutenu par l'État visait à sauver environ 370 postes ; le ministre de l'Industrie annonçait le 1er décembre 5 millions d'euros de fonds publics, les collectivités s'engageant à hauteur d'une vingtaine de millions au total. Les financements privés n'ont pas suivi et le projet a été rejeté dix jours plus tard. Sur le site de Saint-Jean-de-la-Ruelle, Thomson Computing proposait 25 millions d'euros et 150 emplois autour de l'électronique et de la robotique, et le groupe Gladius portait une offre estimée à près de 40 millions d'euros, soutenue par la Région Centre-Val de Loire et Orléans Métropole. Aucune n'a été retenue par le tribunal.

Ce qui n'est pas terminé

Le dossier reste ouvert sur trois fronts.

Le contentieux. Le 24 avril 2026, une soixantaine d'anciens salariés ont annoncé engager deux procédures, lancées en mai : l'une devant les conseils de prud'hommes pour contester des licenciements qu'ils estiment abusifs, l'autre devant le tribunal judiciaire d'Orléans, en responsabilité civile contre Cevital. Leur avocat, Me Fiodor Rilov, estime que « la liquidation est intervenue dans des conditions suspectes » et qu'elle « aurait pu être évitée ». Aucune date d'audience n'était publique à la date de rédaction de ce dossier.

Les murs. Le site logistique de Saint-Ouen-l'Aumône a été racheté par la Région Île-de-France pour 15 millions d'euros. À Saint-Jean-de-la-Ruelle, le terrain appartient à Menara Capital ; la Région et la Métropole évoquent une acquisition en réserve foncière industrielle, après rénovation et dépollution. Le sort du site de Vendôme n'est pas public.

Les produits. Un seul contrat de licence a été signé à ce jour, celui d'Amica sur Sauter. La première ligne De Dietrich fabriquée par Arpa est attendue d'ici fin 2026, les premiers produits en magasin en septembre-octobre 2026. Rien n'est encore annoncé pour Brandt et Vedette.

Ce que disent les chiffres

Trois enseignements se dégagent de ce dossier.

Un. Une marque a une valeur indépendante de son outil industriel, et cette valeur est faible. 18,6 millions d'euros pour quatre marques dont l'une a 340 ans, c'est moins que le prix payé par Cevital pour les seules marques en 2014 (25 millions d'euros). En douze ans, le portefeuille a perdu plus du quart de sa valeur de cession, alors même que la notoriété des noms n'a pas disparu.

Deux. « Fabriqué en France » et « marque française » sont deux choses distinctes, et l'écart se creuse. Les quatre marques restent la propriété d'un groupe français, mais la fabrication passe à un licencié polonais pour Sauter et à un sous-traitant indépendant pour De Dietrich. Seule cette dernière conserve une production en France, sur des volumes réduits et sur un segment précis : les tables à induction.

Trois. La disparition tient autant à la demande qu'à la gestion. Un marché en recul de 4,5 % en valeur, un segment cuisson à −8,1 %, 200 000 logements neufs manquants : aucun industriel positionné sur la cuisson encastrable milieu de gamme n'a traversé 2023-2025 confortablement. Ce constat n'exonère personne, mais il explique pourquoi aucun repreneur industriel n'a convaincu le tribunal.

Questions fréquentes

Mon appareil Brandt, De Dietrich, Sauter ou Vedette est-il encore réparable ?

Oui, dans la très grande majorité des cas. Les stocks de pièces de rechange et les matériels du SAV faisaient partie du périmètre racheté par CAFOM, et le groupe a désigné SOS Accessoire comme partenaire pour l'approvisionnement des réseaux de distribution — un distributeur qui référençait déjà les pièces Brandt avant la liquidation. Les réparateurs indépendants continuent d'intervenir sur ces marques. En revanche, aucun engagement public de durée de disponibilité des pièces n'a été communiqué pour l'après-liquidation : sur un appareil ancien, vérifiez la disponibilité de la pièce avant d'engager un déplacement payant. Notre dossier sur ce qui est réellement déduit au titre du bonus réparation détaille les montants applicables.

Ma garantie constructeur court-elle toujours ?

La garantie commerciale du constructeur est une créance sur une société liquidée : en pratique, elle n'est plus exécutable auprès de Brandt France. C'est la raison pour laquelle l'UFC-Que Choisir a alerté les consommateurs dès décembre 2025. En revanche, deux protections subsistent et elles sont indépendantes du fabricant : la garantie légale de conformité, de deux ans, s'exerce auprès du vendeur — le magasin ou le site où vous avez acheté l'appareil, pas le fabricant ; et la garantie des vices cachés peut être invoquée jusqu'à deux ans après la découverte du défaut. Conservez votre facture : c'est elle qui fait foi.

« Fabriqué en France » veut-il encore dire quelque chose sur un électroménager ?

La mention reste régulée — elle suppose une transformation substantielle sur le territoire — mais elle ne dit rien de la propriété de la marque, ni de l'origine des composants. Le cas De Dietrich le montre bien : des tables à induction assemblées en Alsace par un sous-traitant indépendant, sous une marque détenue par un distributeur, avec des composants majoritairement importés. À l'inverse, une marque au nom français peut être intégralement fabriquée hors d'Europe. Le seul repère fiable reste l'indication du site de production, pas le nom sur la façade.

Que reste-t-il fabriqué en France en gros électroménager ?

Peu de choses, et c'est difficile à mesurer : il n'existe pas de statistique officielle de la production française de gros électroménager. La qualification de « dernier fabricant français » appliquée à Brandt est une formule de presse, pas une donnée. Subsistent notamment Arpa Cooking en Alsace sur la cuisson, la start-up bretonne EverEver sur le lave-vaisselle, Daan Tech en Vendée sur le lave-vaisselle compact. En petit électroménager, le tissu est plus dense : SEB et Magimix, entre autres, conservent des sites français.

Méthode

Ce dossier s'appuie sur les jugements du tribunal des activités économiques de Nanterre, les comptes déposés au greffe, les communiqués financiers du groupe CAFOM des 16 mars et 30 juin 2026, la décision (UE) 2016/1092 de la Commission européenne, le bilan annuel Gifam/GfK 2025 et les dépêches d'agence. Les points sur lesquels les sources divergent — date de fondation de Sauter, année de rachat par El.Fi, effectif exact au moment de la liquidation, marque associée au partenariat EverEver — sont signalés comme tels dans le texte plutôt que tranchés. Notre méthodologie éditoriale détaille nos règles de sourçage. Les autres analyses de la rédaction sont réunies dans la Data Room, notamment celle consacrée à l'étiquette énergie et à l'indice de durabilité, deux réformes qui pèsent directement sur les arbitrages industriels du secteur.

Dossier arrêté au 8 août 2026. Aucune nouvelle licence ni décision de justice n'était rendue publique entre le 8 juillet et cette date.

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